L’évolution de Bourges à travers les âges – partie 1

Modéliser une ville dans son ensemble, a une période reculée, est beaucoup plus difficile qu’il n’y parait.

La tentation est grande de reprendre des données topographique récentes, mais l’ampleur des transformations que peut subir une cité au travers des siècles est impressionnante.

Une maquette évolutive de 16 m2 (présentation sur le site de la ville de Bourges) pour construire la ville et comprendre son évolution de l’époque gallo-romaine à nos jours. Son objectif est de faire des propositions d’activités pédagogiques permettant aux enseignants de bâtir des projets avec leurs classes.

Une ville en perpétuelle transformation

Le développement urbain a bien sûr beaucoup contribué à la transformation de la cité en augmentant l’étendue de la ville avec une accélération exponentielle ces dernières décennies, mais il y a beaucoup d’autres facteurs de transformation à l’intérieur même de la cité.

Quand on considère les 50 dernières années , de très nombreux projets d’envergure ont changé complètement l’apparence de certains quartiers. au cœur de la ville.

Comme par exemple le comblement du canal

Le bassin du canal en 1950

… et aujourd’hui.

Le grand bassin du canal a été comblé dans les années 1950, et l’espace récupéré à permis de construire des barres d’immeubles et des parkings.

Des chantiers de ce genre modifient régulièrement l’aspect de tel ou tel quartier. Les plus récents sont entre autres le palais d’auron, la médiathèque, tout le secteur du Prado , l’hôtel de ville, Le quartier Avaricum, la maison de la culture.

Mais les transformations ne sont pas l’exclusivité de notre siècle et de ses énormes moyens techniques. Chaque siècle comporte sa liste de changements majeurs. ET cela d’autant plus que la notion de préservation du patrimoine est une notion très récente. En effet, nos prédécesseurs n’ont jamais hésité à détruire les “vieilleries laides et inutiles” et les remplacer par une nouvelle génération d’ouvrages.

Abside de la cathédrale en 1870. On aperçoit au premier plan les restes du rempart Philippe Auguste. Cette section de la fortification a été remplacée complètement aujourd’hui par des bâtiments comme la banque de France et de nombreuses maisons.

Partout, pour qui sait le voir, on découvre dans nos rues et sur les bâtiments les modifications successives. Des agrandissements et restaurations d’églises, des habitations construites sur les fondations de constructions plus anciennes. Les noms des rues évoluent aussi et sont révélateurs du passé de la ville. Des fonctions passées de la rue, du type d’édifices auxquelles elles menaient.

Sur une vue aérienne, ou sur un plan du cadastre, la disposition des bâtiments révèle les structures gallo-romaine et médiévale de la ville, rues places et fortifications. Comme sur l’exemple suivant :

Sur cet extrait du cadastre (source geoportail), on identifie facilement au sud du palais Jacques Cœur, la succession des tours de l’enceinte gallo-romaine.

Il est ainsi facile de retrouver l’enceinte gallo-romaine et quelques-unes de ses tours. L’enceinte Philippe Auguste est plus difficile à suivre car elle a été remplacée par la ceinture des boulevards.

On peut même repérer précisément l’emplacement des arènes gallo-romaines place de la nation. Dans cette vue satellite de la place de la nation, voyez-vous les arènes gallo-romaines ?

Un indice : par souci d’économie, les constructions utilisaient souvent les fondations plus anciennes.

Ci-dessous est représentée une des hypothèses les plus vraisemblables, celle d’un amphithéâtre semi circulaire. Les bâtiments actuels forment un demi-cercle presque parfait ! L’autre hypothèse est une arène circulaire ou elliptique, mais qu’on ne retrouve nulle part dans l’implantation des bâtiments de la partie ouest. De plus la partie ouest est notablement plus basse.

Avec ces quelques exemples, on mesure à quelle vitesse notre ville change. Ce qui nous paraît immuable est en fait renouvelé en permanence siècle après siècle. La majorité des constructions qui nous entourent ne sont là que depuis moins de 2 siècles.

Les grands incendies, acteurs majeurs des changements

Les incendies ont joué un rôle très important dans la transformation de bourges, tout comme dans beaucoup d’autres villes médiévales. Plus la destruction est importante, plus profonde est la reconstruction.

L’incendie de 1487 , dit de la madeleine, est l’exemple le plus marquant et le plus connu, avec peut être un tiers de la surface de bourges intra-muros détruite. Aujourd’hui, on retrouve très peu d’habitations antérieures à la catastrophe, un grand nombre de maisons et palais seront construits dans années suivantes. Seules les caves de la période précédente subsistent parfois sous les nouvelles constructions.

Les incendies, d’importance variable, se sont succédés avec un rythme soutenu : 1252, 1353 , 1487, 1508, 1540, 1545, 1552, etc. pour les plus importants. On peut imaginer l’importance du rythme de reconstruction.

Pour en savoir plus sur les incendies : http://berrichou.free.fr/incendies_a_bourges.htm , http://www.encyclopedie-bourges.com/incendies.htm

Une ville qui monte, qui monte…

Un phénomène constaté partout est l’élévation du niveau du sol dans les villes. Au fil des reconstructions, des gravats sont amassés et contribuent à l’élévation du niveau des rues. Progressivement, les rez-de-chaussée deviennent des caves, les douves et fossés sont comblés pour devenir de nouvelles voies de passage, les ruisseaux sont canalisés entre des berges rehaussées et les marais sont asséchés.

Le phénomène se produit à bourges au moins depuis la période gallo-romaine. Un exemple est la fontaine monumentale. Elle était à l’air libre au 2eme siècle après JC, et est maintenant à 7 mètres de profondeur en dessous de la place E Dolet, soit la hauteur de plus de 2 étages !

La fontaine gallo romaine de Bourges, aujourd'hui.
La fontaine gallo romaine de Bourges, aujourd’hui.

La rampe saint Paul, les ronds-points devant la maison de la culture, la rue Bourbonnoux étaient des douves participant à la défense de la cité et ont été comblées. La place Séraucourt est le résultat d’un important travail de nivellement réalisé dans les années.

Remonter le temps à Bourges

Pour une modélisation fidèle de l’époque choisie, il faut donc remonter le temps tout en rassemblant les preuves et témoignages des transformations successives.

L’année choisie pour notre premier projet “Bourges au temps du duc Jean” est l’année 1416. C’est l’année de la mort de Jean de France, duc de Berry, dont on a célébré les 600 ans en 2016.

Ce n’est pas la période la plus facile à reconstituer, car elle est antérieure au grand incendie de la madeleine, qui a détruit une bonne partie de la ville, et est aussi antérieure aux premiers travaux de cartographie sérieux de Bourges, réalisés seulement à partir de la fin du 17eme siècle.

Les illustrations du moyen âge ou de la renaissance sont souvent – ou toujours – très approximatives, mais laissent apparaître quelques éléments d’information utiles. Sur cet exemple, on reconnait les formes et particularités de nos monuments les plus célèbres, comme la Cathédrale ou le Palais Jacques Cœur. Il doit en être de même pour les autres. Ce qui va nous intéresser pour la cartographie, c’est surtout de savoir lesquelles de nos rues actuelles étaient présentes à cette époque.

Les rues présentes sur cette illustration du 16eme siècle existent encore aujourd’hui. Elles sont restées inchangées dans leur tracé jusqu’à aujourd’hui. Ce sont les rues Moyenne, d’Auron, porte jaune, Bourbonnoux (autrefois St Jean des Champs). source Gallica

Sur ces périodes reculées, les seuls éléments qui nous apporte des preuves indiscutables sont les bâtiments qui ont survécus suffisamment longtemps pour laisser une trace dans les plans et documents du 18eme siècle, ou bien sûr ceux qui sont toujours debout aujourd’hui ou qui sont retrouvés lors de fouilles.

Pour voir le Bourges d’autrefois, il faut se promener dans les rues et identifier la date de construction des habitations. Elles seront autant de repères à la fois chronologiques et géographiques, qui permettront de reconstruire le plan des rues, et d’obtenir quelques certitudes sur l’usage et la configuration du lieu.

Modéliser le Relief de Bourges en 1416.

Après avoir amassé un maximum de données, il est temps de faire une maquette numérique du relief de notre ville.

Le point de départ est une carte de Bourges récente qui donne les altitudes, les rivières et les voies. Il existe des bases de données spécialisées, mais on peut aussi obtenir des informations suffisamment précises gratuitement par le géoportail ou par des bases de données « open source ».

Carte du relief de Bourges et de ses environs en fausses couleurs.

On obtient ainsi le relief actuel, qu’il ne reste plus qu’à retravailler, en comblant ou en creusant, aux endroits où des changements ont été identifiés, et revenir au relief d’origine.

Sur la carte de Bourges, les plus grandes modifications sont :
– Le creusement des fossés au sud, à l’ouest et autour de la grosse tour
– Le remplacement des lits des rivières par des étendues planes (zone marécageuse naturelle)
– L’accentuation de certains dénivelés. Des ruelles abruptes ou des escaliers ont été remplacés par des rues à la pente plus douce, surtout au niveau de l’enceinte gallo-romaine.

Le placement des rues médiévales et des habitations

Des quartiers ont été entièrement reconstruits. À l’ouest de la cathédrale, la zone correspondant aux rues du puit noir et de l’alchimie était un quartier aux ruelles étroites et tortueuses. La place Cujas était-elle réellement un grand espace vide ?

Plus récemment, le nouveau quartier Avaricum a effacé l’ancien quartier, aux nombreux taudis et ruelles insalubres.

Dans cette superposition du cadastre actuel et d’un plan de 1910, on constate la transformation du quartier Avaricum, en haut de l’image, et de la place Cujas, en bas, avec son école des beaux-arts, une caserne et des habitations. On peut remarquer sur ce plan de 1910 l’Yèvrette, qui n’était pas encore busée.

Une reconstitution détaillée du plan en l’an 1416 nous a semblé impossible. Nous nous sommes donc contenté des plus vieux plans disponibles, en supprimant une grande partie les quartiers extérieurs.

Heureusement Bourges est la ville qui comprend, et de loin, le plus grand nombres de maisons du moyen âge ou de la renaissance (environ 450 maisons à pan de bois). Partout où il y a ces maisons, on peut retracer le Bourges d’il y a quelques siècles.

Le placement des fortifications

Comme on l’a vu plus haut, la position des tours et des remparts reste assez lisible dans le Bourges actuel. Il reste tout de même à placer le plus exactement possible les portes et poternes, qui sont un élément majeur du schéma d’ensemble, en donnant du sens aux circulations à l’intérieur de la ville et aux échanges avec l’extérieur.

Les grandes portes de la ville sont bien identifiées . Elles sont le point d’accès principal vers l’intérieur de la ville pour les chargements importants. Il y a donc à l’extérieur de chaque porte une activité marchande et artisanale avec une esplanade pour les convois. Dans les descriptions et illustrations, on retrouve aussi à l’extérieur une défense avancée qui peut être encore discernable aujourd’hui dans le relief du terrain au niveau de la porte d’Auron avec une plateforme prise sur le terrain inondable.

L’emplacement des poternes, qui sont des accès piétons faciles à condamner en cas de conflit, est plus difficile. La plupart sont devenus des routes d’accès au centre-ville. Les passages étaient sur les deux enceintes gallo-romaine et Philippe-auguste. Sur l’enceinte extérieure, on peut citer la poterne des oies, proche de la porte d’Auron, celles permettant d’accéder aux moulins (de la Chappe, messire jacques, de Voiselle), ou encore celle permettant d’accéder au quais.

Le pont d’Auron, et ses fortifications de part et d’autre de la rivière.

Et maintenant, au travail …

Tout sera révélé dans la partie 2…

 

 

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